Quelle place et fin de vie pour nos aînés ? (2ème partie)

Quelles solutions de logement pour les aînés en 2020 ?

Bien souvent, lorsqu’on parle de logement pour personnes âgées, on imagine seulement deux options : le domicile ou la maison de repos (ou encore la maison de repos et de soins). Pourtant, la fin de vie n’est pas aussi linéaire et binaire qu’on veut bien se l’imaginer ! Parce que 4 aînés sur 10 n’anticipent pas leur arrivée en MR/MRS[1], il est crucial que ce dernier virage de l’existence soit mûrement réfléchi et préparé dans de bonnes conditions pour ne pas être fait dans l’urgence. Anticiper au mieux les 3e et 4e âges implique non seulement d’accepter le vieillissement qui est à l’œuvre, mais aussi de s’y investir de manière physique, mentale et financière. Tour d’horizon des différentes options de logement pour aînés qui existent à l’heure actuelle.

Le domicile

Lieu plébiscité par les aînés pour vieillir, le domicile doit être adapté au fil des années selon
les besoins de son occupant(e). Des ajustements qui peuvent par exemple prendre la forme d’un monte-escalier, d’un sol antidérapant, d’une poignée dans la douche pour se maintenir debout ou encore d’une rampe dans les W.C. pour aider à s’asseoir. Le but ici est de faciliter la vie au quotidien, de limiter l’aide extérieure mais aussi de prévenir les chutes éventuelles. Pour ne pas conférer un caractère hospitalier au logement, ces aménagements doivent se fondre dans l’intérieur. Un investissement rentable car il a été prouvé qu’« un report de l’entrée en maison de repos de quelques mois suffit à amortir le coût pour le particulier des travaux d’adaptation ou d’équipement de l’habitation »[2]. En Brabant wallon, une prime de 3.000 euros maximum peut être octroyée afin d’adapter son logement. Pour plus de renseignements sur cette aide, rendez-vous sur le site de la Province[3]. Pour s’informer sur les adaptations possibles de son logement avec l’avancée en âge, renseignez-vous auprès de votre mutuelle ou surfez sur : www.bienvivrechezsoi.be

Le séjour court en maison de repos

En cas de convalescence, d’absence de sa famille ou pour permettre aux proches de souffler, une personne âgée peut avoir besoin de passer quelques semaines dans une infrastructure dédiée. Dans ce cadre, les maisons de repos proposent généralement quelques-uns de leurs lits pour des séjours temporaires (maximum 90 jours, pas plus de 60 jours d’affilée). Un peu moins d’un senior sur dix a recours à ce dispositif chaque année. La personne âgée peut décider des modalités d’accueil (jour et nuit ou seulement la nuit). Seulement la moitié des seniors retournent chez eux après un passage par un centre de court séjour, alors que c’en est la vocation première. La moitié restante intègre une maison de repos.

Le centre (de soins) de jour

On compte actuellement près de 70 centres de jours en Wallonie. Leur mission ? Accueillir, proposer des repas, des activités, et soigner les personnes âgées qui en ressentent le besoin durant la journée et généralement uniquement la semaine. Une formule bien utile pour celles qui sont capables de vivre seules à la maison mais qui n’ont pas de proche passant leur rendre visite au quotidien pour leur apporter une aide ou un soin précis. Cette option est encore sous exploitée actuellement par les seniors alors qu’elle se révèle être peu coûteuse : 19 euros/jour. La fréquentation moyenne des centres de jour avoisine les 10 jours par mois.

Répartition en Wallonie pour l’année 2017 de la population par âge et par sexe de 60 ans et plus selon le lieu de résidence (domicile versus maison de repos). Source : Enquête 2018, AViQ, Direction des aînés.

Le centre d’accueil de soirée ou de nuit

Le concept est le même que celui du centre de jour sauf que le centre de soirée est ouvert de 18h à minuit et que celui de nuit est accessible de 20h à 8h.

La résidence-services

En Wallonie, on recense actuellement 154 résidences services où vivent 3.000 seniors. Ces résidences se présentent comme un ensemble d’habitations pour seniors où chacun occupe un logement individuel adapté (seul ou en couple). Là, les 65 ans et plus peuvent vivre en toute autonomie tout en pouvant compter sur une série de services proposés par une maison de repos située à proximité (préparation des repas, entretien du linge, ménage, soins…). Là où le bât blesse, c’est que les résidences services sont financées presque exclusivement par leurs occupants, ce qui en fait une option peu accessible financièrement. Quelques résidences-services sociales existent mais elles sont encore assez rares.

L’habitat groupé autogéré

Selon l’ASBL Habitat et Participation, un habitat groupé est « un lieu de vie où habitent plusieurs entités (familles ou personnes) et où l’on retrouve des espaces privatifs ainsi que des espaces collectifs. L’habitat groupé est caractérisé par l’autogestion (la prise en charge par les habitants), et par le volontarisme, c’est-à-dire la volonté de vivre de manière collective. »[4] En Belgique, on recense actuellement une quarantaine d’habitats groupés abritant exclusivement ou partiellement des seniors. Dans cette catégorie, on retrouve notamment les Maisons Abbeyfield, un concept participatif venu d’outre-Manche, assez connu, qui s’est implanté dans neuf endroits du plat pays. Sur place, uniquement des personnes de plus de 60 ans qui sont passées par une procédure d’admission et qui sont en bonne santé et autonomes. Le loyer y est raisonnable : de 650 à 850 euros (année 2017), hors charges et dépenses individuelles.

L’habitat intergénérationnel

Chez nous, les deux formes les plus courantes d’habitat intergénérationnel sont l’habitat Kangourou et l’habitat jumeau. Le premier est l’accueil, par une personne âgée, d’une autre personne, d’un couple ou encore d’une famille dans sa maison devenue trop grande pour elle. L’avantage de la formule : une présence quotidienne, des contacts sociaux et une sécurité financière. L’association 1Toit2Âges encadre cette pratique dans plusieurs villes en proposant aux aînés d’héberger un(e) étudiant(e) moyennant un loyer modique et, dans certains cas, une aide (courses…) de l’ordre de 5h/semaine. Établir un document où sont repris les tâches, responsabilités ainsi que les lieux privés ou communs peut grandement faciliter la cohabitation. Telle une charte essentielle au bien vivre-ensemble où chaque partie indiquera ses attentes et ses limites. Une option qui serait idéale si elle ne s’avérait parfois pas si coûteuse et fastidieuse en termes de démarches administratives (demande de permis d’urbanisme pour scinder le logement, hausse du revenu cadastral…). En outre, « la mise en place d’un habitat Kangourou dépend des législations fédérale, régionale et communale. Les contraintes juridiques sont nombreuses et souvent fort contraignantes »[5], relève une analyse d’Espace Seniors.

Quand une personne âgée vient vivre chez un de ses enfants ou à proximité de celui-ci (extension, annexe…), on parle d’habitat jumeau. Dans les deux cas précités, un prêt intergénérationnel peut être obtenu pour aménager l’espace dédié au senior (une initiative du Fonds du Logement Wallonie[6]).

Des groupes de travail spécialisés

Suite à la sollicitation de l’ASBL Habitat et Participation par de nombreux seniors réfléchissant à leur futur habitat, l’association a mis sur pied un groupe de travail autour de l’habitat des personnes vieillissantes. Le but ? Que les citoyens et organismes intéressés par la thématique se réunissent une fois par mois afin de mener des réflexions et des actions autour de cette thématique pour, en bout de course, développer des solutions de logement différentes pour les aînés. Dans cette optique, des visites de lieux de vie hors des sentiers battus ont été organisées[7].

En résumé

La Belgique a encore de la marge pour devenir une bonne élève dans le maintien des seniors à domicile. En effet, 60% des soins de longue durée destinés aux 65 ans et plus sont prodigués à l’heure actuelle en institution, contre 25% en Suède ![8] La Région wallonne – et le plat pays de manière générale – entend cependant développer une série d’habitats intermédiaires (voir exemples ci-dessus) via une politique du bien vieillir qui favoriserait le maintien à domicile le plus longtemps possible et qui retarderait, in fine, l’entrée en maison de repos.

Le soutien essentiel des aidants proches : En Belgique, une personne sur 10 est un aidant proche, c’est-à-dire une personne qui en soutient quotidiennement une autre (parent, enfant…) dans la réalisation de tâches essentielles (repas, toilette, gestion administrative et financière, ménage, courses, soins médicaux…). Il s’agit le plus souvent de membres de la famille et de surcroît de femmes, comme c’est le cas dans la majorité des activitéS relevant du « care » (« soin » en anglais). En moyenne, pour un(e) aîné(e) ayant de faibles limitations, un(e) aidant(e) proche lui confère un soutien d’1h30 par jour. Un volume horaire qui peut avoisiner les 10,5 heures par jour lorsque la personne âgée est très dépendante, avec des troubles du comportement, et qu’elle cohabite avec l’aidant(e) proche. Si de telles activités devaient être réalisées par des professionnels, leur coût mensuel pourrait atteindre jusque 1.189 euros. Depuis le 1er septembre, les aidants proches possèdent un statut spécifique qui peut être obtenu auprès de la mutuelle. Dans ce cadre, il est ensuite possible de prétendre à une reconnaissance générale (qui est plus d’ordre symbolique) ou à celle octroyant des droits sociaux (qui permet notamment d’obtenir un congé « aidant proche »)[9]. Plus d’infos sur : www.aidantsproches.be 

Comment vieillit-on ailleurs dans le monde ?

Si terminer ses jours lorsqu’on devient une personne âgée dépendante dans ce qu’on appelle communément un home semble aller de soi chez nous, il n’en est pas de même ailleurs. Les anciens sontils eux aussi placés dans des maisons de retraite ailleurs que sur le Vieux Continent ? Quid en Asie ou en Afrique ? L’équipe du CALepin vous propose d’embarquer pour un tour du monde accéléré afin de découvrir comment les aînés coulent leurs vieux jours ailleurs sur le globe.

En Afrique

Si, chez nous, on a souvent en tête l’image idéale – voire le cliché – des familles africaines s’occupant avec grand soin de leurs aînés, la réalité a quelque peu évolué ces dernières années. En Afrique comme partout ailleurs sur le globe, la population vieillit et les jeunes partent de plus en plus vivre dans les grandes villes pour avoir accès aux infrastructures modernes (écoles, universités, Internet…), aux soins et à une certaine forme de sociabilité. Les personnes âgées, surtout celles vivant en zones rurales, se retrouvent alors livrées à elles-mêmes car elles préfèrent couler leurs vieux jours dans leur village[10]. Les solidarités intergénérationnelles tendent de ce fait à s’effriter alors qu’elles étaient encore il y a peu caractéristiques de ces sociétés plus traditionnelles[11].

En Asie

Il semble inscrit dans la culture asiatique que respecter et prendre soin des aînés relève du devoir de tout un chacun. En Chine, ce respect des anciens fait même l’objet d’une loi : à l’image de la pension alimentaire que l’on connaît bien en Belgique, les Chinois d’âge mûr sont en droit d’exiger de leur(s) enfant(s) un soutien financier et émotionnel. Le code pénal impose d’ailleurs aux nouvelles générations de subvenir aux besoins de leurs parents jusqu’à leur mort. Les entreprises doivent quant à elles donner congé quelques jours par an à leurs employés afin qu’ils puissent aller rendre visite à leurs parents.

Au pays du soleil levant, près d’un tiers de la population[12] affiche plus de 65 ans au compteur. La prise en charge des aînés est une affaire de famille car il n’est pas rare au Japon que plusieurs générations vivent sous le même toit. Face à un vieillissement accéléré de la population, à l’effondrement de la population active et au manque de personnel soignant, le pays investit depuis 2013 dans des robots-infirmiers qui exercent notamment en maison de repos (8% d’entre elles). L’avantage, pour les soignés : ne pas constituer un fardeau pour sa famille. Le pendant négatif est par contre l’aspect déshumanisé du soin. « Dans certaines maisons de retraite, le robot Robear aide les personnes âgées à prendre leur bain, les soulève, assiste les soignants qui les lavent, les place dans leurs chaises roulantes », apprend-on sur le site de RFI[13].

En Inde, société plus traditionnelle, les familles prennent généralement en charge leurs aînés. Cela est vu comme un devoir filial. Cela explique qu’en 2013, le pays ne comptait qu’une trentaine de maisons de repos[14]. La situation évolue cependant puisque les jeunes partent de plus en plus vivre en ville pour des raisons professionnelles et que de nombreuses personnes
âgées habitant à la campagne se retrouvent seules, avec ce sentiment d’être délaissées par le gouvernement qui préfère investir dans la jeunesse (en Inde, la moitié de la population a moins de 27 ans[15]) en créant notamment des emplois ou en construisant des centres de formation. Les aînés plus aisés, quant à eux, finissent leur vie en maisons de retraite. « Une
véritable révolution culturelle dans un pays où les familles vivent traditionnellement à trois
ou quatre générations sous le même toit »[16].
L’article 25 du code pénal indien oblige les citoyens
à s’occuper de leurs parents « mais il est impensable dans notre pays de poursuivre en
justice ses propres enfants »
, souligne le quotidien indien Frontline[17].

Sur le Vieux Continent

Les seniors européens sont les champions du monde en termes de bien-être selon le Global Age Watch Index. Le secret des Européens : des systèmes de santé et de retraite performants, qui permettent aux personnes âgées de rester autonomes le plus longtemps possible et de vieillir dans de bonnes conditions. Le Danemark (11e) fait figure d’exemple en la matière. Là, l’entrée en maison de retraite est retardée au maximum et le réseau de maisons de retraite est financé à 100% par l’Etat. Ce dernier veille aussi à aménager les villes de manière à faciliter la circulation des personnes à mobilité réduite (PMR) ainsi que des tricycles électriques, l’aide à domicile est gratuite et certaines politiques sportives ciblent spécifiquement les aînés. Le maître-mot au Danemark : rester actif physiquement et mentalement est la meilleure garantie pour vivre longtemps et en bonne santé !

Annabelle Duaut

Le Global Age Watch Index : Le vieillissement de la population concerne l’ensemble des pays du globe qui voient respectivement augmenter leur part de seniors. Afin de mesurer le bien-être des personnes âgées à travers le monde, il existe le Global Age Watch Index. Les critères pris en compte : la sécurité des revenus, l’état de santé, le niveau de formation, le bien-être psychologique et l’environnement social des 60 ans et plus. Les données de 2018 étant encore au stade de la compilation, les plus récentes statistiques du Global Age Watch Index datent de 2015. Les États les plus performants en termes de bien-être des seniors il y a 5 ans étaient le Luxembourg pour la sécurité des revenus, le Japon pour l’état de santé, la Norvège pour le niveau de formation et la Suisse pour l’environnement social. Parmi les 10 pays où les seniors sont le plus heureux, sept sont européens. A l’inverse, l’Afghanistan, le Malawi, le Mozambique, la Cisjordanie – Gaza – et le Pakistan sont les pires contrées où passer ses vieux jours. Le Plat Pays, quant à lui, se classe en 24e position.

Bibliographie

[1] Analyse « Seniors et lieux de vie – Les habitats de demain », Âgo, p. 2, 5 octobre 2020.

[2] « Adapter l’habitat pour favoriser la qualité de vie des seniors. La démarche “ABCD” », Étude Cepess, Jérémy Dagnies, 2016, p. 48.

[3] https://www.brabantwallon.be/bw/partager/logement/prime-au-maintien-a-domicile-des-personnes-agees/

[4] Définition diffusée sur le site Internet de Habitat et Participation.

[5] « L’habitat kangourou à Bruxelles et en Wallonie : une solution idéale ? », Espace Seniors, novembre 2016, p.4.

[6] Plus d’infos sur : https://www.flw.be/le-pret-intergenerationnel/

[7] Plus d’infos sur : www.habitat-participation.be

[8] Analyse « Seniors et lieux de vie – Les habitats de demain », Âgo, p. 10, 5 octobre 2020.

[9] Analyse « Seniors et lieux de vie – Les habitats de demain », Âgo, p. 6, 5 octobre 2020.

[10] “Vieillissement en Afrique, l’état d’urgence !”, Sweet Home, Jonathan Pitcher, 20 juin 2020.

[11] Informations issues de l’article « Où fait-il bon vieillir ? », site Internet de Life Plus, 20 novembre 2015.

[12]  27,7% de la population en septembre 2020 avait 65 ans, sur un total de 126 millions d’habitants (2019). Source : Populationdata.

[13] « Japon : des robots infirmiers thérapeutiques pour pallier au manque de soignants », RFI.fr, Frédéric Charles, 7 février 2018.

[14] « Comment le monde s’occupe de ses personnes âgées », site de France Info, 31 janvier 2018.

[15] « Vieillir dans un pays jeune : en Inde, les personnes âgées face au fléau de l’isolement », Le Monde.fr, Julien Bouissou, 23 novembre 2019.

[16] Idem.

[17] « Où fait-il bon vieillir ? », site Internet de Life Plus, 20 novembre 2015.

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