La fin des châteaux de sable

Ce n’est que très récemment que le public a commencé à prendre conscience de l’avenir du sable. Si quelques climato-sceptiques pensent encore que l’homme n’est pas pour grand-chose dans le réchauffement climatique, il est plus difficile pour eux de nous faire croire que notre empreinte est anecdotique face à des catastrophes écologiques comme la disparition du sable.

Son utilisation
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Après l’eau, le sable est la 2ème ressource la plus utilisée sur terre devant le pétrole. Il sert dans plus de 200 produits allant de la fabrication de microprocesseurs à la filtration de l’eau en passant par le verre (et tous ses dérivés), le dentifrice, les détergents, le papier, l’extraction du pétrole de schiste, … et, surtout, la fabrication du béton.
C’est le domaine de la construction qui est le plus grand utilisateur de sable puisqu’il faut presque la moitié de sable dans le mélange sable/ciment/granulat/eau pour obtenir du béton. Cela concerne également les travaux publics puisque le sable est notamment nécessaire pour la réalisation de nos routes…

Sa consommation

ONU environnement estime à 50 milliards de tonnes le sable et le gravier consommés par an dans le monde, dont 26 milliards rien que pour la fabrication du béton (le ciment, un élément-clé du béton, est une source importante de gaz à effet de serre représentant 8% des émissions de CO2).
Il faut 200 tonnes de sable pour construire une maison de taille moyenne, 30 000 tonnes pour un kilomètre d’autoroute et 12 millions de tonnes pour une centrale nucléaire. Evidemment, cette consommation augmente avec la taille des villes ou les projets mégalos de certains pays. Dubaï n’a pas hésité à commander plus de
650 millions de tonnes de sable marin à l’Australie, cette exportation faisant rentrer plus de 5 milliards de dollars par an dans les caisses de l’Etat australien. Tout ceci pour réaliser des projets pharaoniques de création d’îles artificielles ou pour ériger la plus grande tour du monde « Burj Khalifa » (828m).
La Chine reste le premier consommateur de sable (60% de la production mondiale), suivie de l’Inde. Elle a ainsi consommé en 4 ans autant de sable que les États-Unis en 100 ans.
En Belgique, la consommation de sable s’élève à 4 millions de m³ dont 2,5 millions pour le bâtiment et 1,5 million pour la maintenance des plages.

Son origine

Le sable provient de l’érosion, par l’eau ou le vent, de roches issues des chaînes de montagnes. Il est transporté par le vent ou les rivières puis les fleuves. Il est constitué de silicium, de quartz… Il existe également du sable organique, c’est-à-dire composé de fragments de coraux, de coquillages, de squelettes d’organismes. Tout ceci ne s’est pas fait en un jour mais en milliers d’années. Ce n’est donc pas à notre échelle une ressource durable. Et pourtant… Nous exploitons le sable sans nous questionner, comme nous le faisons également avec toutes les matières premières non renouvelables.

Son extraction

Moins de 5% du sable sur terre peut être utilisé pour faire du béton.

Les carrières et les mines :

En Belgique, par exemple, dans les années 80, il y avait une cinquantaine de sablières. Aujourd’hui, il n’en reste plus que 5.

Le désert :

Impossible d’utiliser le sable des déserts car les grains sont trop ronds et ne s’agglomèrent pas. C’est pourquoi les pays entourés de sable, comme Dubaï, sont obligés d’importer du sable marin.

La mer :

A partir des années 70, nous avons commencé l’exploitation du sable marin. Cette dernière est réalisée à l’aide de dragues aspiratrices extrayant le sable à environ 30 mètres de profondeur mais parfois moins. Les navires peuvent embarquer entre 1000 et 8500m³ de sable en 2 heures. Les bateaux sont munis d’une élinde (sorte d’aspirateur) qui aspire eau, sable, graviers et tout ce qui se trouve dans les parages. Evidemment, tout ceci n’est pas sans conséquences.

Les conséquences
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Nous tendons vers une pénurie d’une matière première qui entre dans la fabrication d’un nombre impressionnant de produits de notre quotidien. Le sable, une fois dans le béton ou le bitume n’est pas récupérable. Ce n’est donc une ressource ni recyclable ni renouvelable.

Environnementales :

L’extraction du sable marin est un véritable fléau. Il n’y a pas d’aspiration sélective. L’eau emmenée avec le sable est rejetée, créant un « panache turbide » (= accumulation de particules en suspension dans l’eau) qui assombrit l’eau et est nocif pour la vie marine. La biodiversité avec la destruction des habitats est menacée. De plus, l’élinde abime les fonds marins. Le sable enlevé des fonds crée des changements géologiques. En effet, le vide créé est comblé de nouveau par du sable (des côtes) via les courants et les vagues. Le littoral est érodé, 70% des plages du monde entier sont en recul et 90% sont menacées de disparition à cause du dragage. De ce fait, les nappes phréatiques sont salifiées.
Les plages sont mobiles et jouent une fonction géologique cruciale. Elles font office de barrière naturelle pour protéger l’arrière-pays. Ce n’est déjà plus le cas, aujourd’hui, dans ¾ des zones côtières.
De plus, le sable marin doit être lavé et égoutté pour diminuer son taux de chlorure qui cause la corrosion du béton armé et de l’acier. Encore de la consommation.
Par contre, les filières mafieuses évitent cette étape de nettoyage et les risques, pour les constructions qui contiennent ce sable, ne sont pas nuls.

Economiques et politiques :

La course au sable est devenue la nouvelle ruée vers l’or. Et quand on entend les sirènes de l’argent, on voit vite arriver les mafias locales et l’extraction illégale. Cette organisation criminelle touche tous les pays et continents, mettant en danger de nombreuses personnes.
En effet, certains n’hésitent pas à sacrifier les populations locales pour répondre à la demande. L’Asie est particulièrement touchée par ce problème car la demande est énorme.
Selon Nolwenn Weiler « Ailleurs dans le monde, les prélèvements de sable marin sont tels que des îles disparaissent, et que les plages sont avalées par les flots. Sorti en 2013, le documentaire de Denis Delestrac “Le sable, enquête sur une disparition” dresse un panorama de ces problèmes que l’auteur attribue en grande partie aux ponctions sauvages effectuées pour approvisionner le secteur du BTP (bâtiment et travaux publics), notamment en Asie et dans la péninsule arabique. Les entreprises françaises qui interviennent dans ces parties du monde parviennent-elles à échapper à ce trafic ? D’où vient le sable des usines des centrales à béton que Lafarge détient en Chine ? Comment Vinci et Bouygues s’approvisionnent- elles en granulats pour la construction des infrastructures de la Coupe du monde 2022 au Qatar ? Aucune de ces entreprises n’a donné suite à nos sollicitations sur ces questions. »

Les Etats maritimes comme la Belgique ou la France accordent des concessions à des grandes entreprises pour extraire le sable. Et même si, comme en Bretagne par exemple, des collectifs de citoyens se créent pour empêcher ces dragages en demandant à l’Etat de ne pas accorder de concession, on passe outre ces demandes en donnant l’autorisation à une entreprise membre du groupe Roullier. Dans la Manche, des autorisations d’extraction courent jusqu’en 2043 !

Les solutions

Arrêter le gaspillage :

Les logements construits ne sont pas tous utilisés. En Chine, 65 millions de logements sont inhabités. En Espagne,30% des habitations sont inoccupées. Quid des bureaux vides, des routes qui ne vont nulle part ou des constructions inachevées ? Tout ceci est réalisé à des fins spéculatives ou par incompétence !

Recycler :

  • Le verre broyé qui a la même densité et les mêmes propriétés que le sable naturel est une alternative intéressante.
  • La production de granulat peut être également issue du recyclage des matériaux provenant de la destruction des bâtiments ou des voiries. Il est destiné à la fabrication de graves routières.
  • Le plastique recyclé pourrait devenir une alternative sérieuse au sable dans la construction de routes. (Attention aux granulats de caoutchouc toxiques sur les terrains de sport).

Evidemment toutes ces alternatives coûtent plus cher que la simple extraction du sable marin et tant que les concessions seront proposées par les États, les entreprises ne feront pas l’effort de trouver d’autres solutions.

Autres alternatives :

Le béton armé n’a pas toujours été utilisé. Regardons du côté des pyramides et des châteaux…
Pour les habitations unifamiliales, nous pouvons penser aux écoconstructions (paille, terre, bois, pierre, argile …) sans tomber dans les clichés moyenâgeux.
Certains ingénieurs sont au travail pour trouver le moyen de remplacer le sable marin par le sable du désert.

Nous vivons dans un système fermé et, même si nous ne pouvons pas toujours agir directement, nous devons prendre conscience de notre empreinte sur la nature. Nous ne pouvons fermer les yeux en nous disant « après moi le déluge ».
Sans vivre dans l’angoisse ou devenir minimaliste, il faut rester conscient que notre style de vie a des impacts socio-économiques et politiques non négligeables.

Béatrice Touaux

POUR RÉDIGER CET ARTICLE, NOUS AVONS UTILISÉ LES SOURCES SUIVANTES :

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