Housing Action Days en Brabant wallon : une semaine d’actions diverses en faveur du droit au logement !

Les Housing Action Days qui se sont déroulés dans cinq communes du Brabant wallon du 23 au 29 mars derniers ont attiré des personnes aux profils variés, toutes intéressées par diverses questions relevant du droit fondamental[1] au logement. Les actions programmées ont permis aux un·es et aux autres de se rencontrer et d’échanger par-delà les éventuels « clivages » (élu·es, citoyen·nes, militant·es, travailleur·ses…) et d’aborder les dimensions sociales, économiques et politiques du droit au logement ainsi que des thématiques telles que la place laissée au vivant et l’organisation collective des luttes et des actions. Pas moins de six moments différents ont été organisés durant les Housing Action Days par les membres actifs du Réseau brabançon pour le droit au logement (RBDL)[2] et des partenaires locaux mobilisés pour l’occasion. Des marches du-des vide(s) ont été organisées à Tubize, à Court-Saint-Étienne et à Jodoigne, pour permettre aux citoyen·nes de s’informer et s’engager autour de la question brûlante du droit au logement. Les marches du-des vide(s) sont des promenades guidées de 3-4 kilomètres au cours desquelles les arpenteur·ses sont amené·es à découvrir les bâtiments inoccupés de leur ville, à rencontrer des personnes qui luttent pour le droit au logement et à débattre des possibilités de réponse à la crise actuelle. À Tubize, deux marches des vides Vie Féminine, Lire et Écrire Tubize, le CIEP Nivelles et Natagora se sont associés pour animer deux « marches des vides » à Tubize. En amont, les bénéficiaires de Vie Féminine et de Lire et Écrire avaient pris part à plusieurs activités pour préparer ce moment : identification et photographie de logements vides, réalisation de l’itinéraire des deux marches et atelier sur le logement et la nature. Les leviers d’action pour lutter contre le bâti vide ont aussi été présentés et questionnés. « Le lien a été fait entre le droit au logement et le droit à un environnement sain », explique Aude Jacomet, animatrice chez Natagora. « Si on ne s’occupe pas du bâti vide, on risque de construire en détruisant le peu de nature qui reste en ville et en mettant en péril la santé des citoyen·nes. Nous nous sommes arrêté·es devant une friche commerciale et dans un parc pour aborder la thématique de la nature en ville, besoin nécessaire à la santé physique et mentale ». Les participant·es ont aussi été sondé·es sur les apports de la nature en ville ainsi que sur leur perception des critères 3-30-300. « Est-ce que je vois au moins 3 arbres de plus de 3 mètres depuis mon logement ? Est-ce que j’habite dans un quartier avec au moins 30% d’arbres de plus de 3 mètres de haut ? Est-ce que j’habite à maximum 300 mètres d’un espace vert ? Ces critères d’évaluation de notre cadre de vie et du lien avec la santé, partagés internationalement, peuvent servir d’outil d’analyse de notre lieu de vie ainsi qu’à évaluer les éventuels projets de construction de notre ville », poursuit Aude Jacomet. À CSE, les conséquences sanitaires et sociales de la précarité résidentielle À Court-Saint-Étienne, le mardi 24 mars, plusieurs étapes de la marche du vide ont permis des échanges avec Annabelle Duaut, coordinatrice à Laïcité Brabant wallon, Géraldine Pignon, animatrice à Vie féminine, Élisa Piettre, assistante sociale à la maison médicale de la Thyle, et Martin Mahaux, entrepreneur. La marche du vide s’est ouverte avec l’intervention d’Elisa Piettre, travailleuse sociale au sein de la maison médicale stéphanoise. « La Maison médicale de la Thyle a souhaité prendre part à l’organisation de la marche du vide parce qu’il lui paraît vraiment important, comme acteur de santé, de mettre en évidence les liens entre la santé et le logement et de rappeler que le logement, c’est un droit fondamental et non un luxe ou un privilège », explique Élisa Piettre. « « Chaque jour, on constate à quel point la question du logement est une problématique complexe qui a des répercussions sur la santé tant physique que mentale des patient·es. La précarité des logements, le manque de stabilité résidentielle, la peur de l’expulsion ou encore les difficultés à payer un loyer pèsent sur certaines personnes ou familles accompagnées par la maison médicale. De plus, les prix du marché ne cessent d’augmenter. Pour les travailleur·ses de la maison médicale, le logement constitue une base de la pyramide des besoins. Sans sécurité, il est difficile de prendre soin de sa santé, de maintenir un emploi, de suivre une scolarité, de se projeter dans l’avenir. Comment peut-on parler de prévention, d’équilibre alimentaire, de suivi médical quand on ne sait pas où on dormira le mois suivant ? On observe aussi que l’instabilité et la précarité du logement aggravent le stress, l’anxiété, la dépression, les maladies chroniques et freinent l’accès aux soins. Le logement est une question de santé publique. » La maison médicale a également souhaité réfléchir collectivement aux leviers d’action possibles, et aspire à des politiques publiques plus ambitieuses en matière de régulation des loyers, de lutte contre les discriminations, de développement d’un logement accessible et adapté. « Le logement n’est pas qu’un toit, c’est un socle, une condition pour pouvoir se reconstruire, travailler, étudier, se soigner et vivre dignement. »  Quelques pas plus loin, Martin Mahaux, un entrepreneur qui a acquis la fameuse villa Henricot située au centre de Court-Saint-Étienne, souhaite y développer un habitat groupé intergénérationnel. Il nous présente son projet. « L’habitat groupé prendra la forme d’un Community Land Trust[3] et se concrétisera dans une coopérative. À ce stade, sur les 13 logements prévus, trois seront de type ‘social’. Le coût total (achat, frais d’emprunt hypothécaire et travaux) est estimé à 5 millions d’euros, dont 20% seront pris en charge par un mécène, soit un fonds géré par la Fondation Roi Baudouin[4]. Les appartements devraient coûter entre 220 000 euros pour les petits appartements, et 350 000 pour les plus grands. » En attendant que les choses se concrétisent et que les travaux débutent, Martin Mahaux a proposé un bail d’occupation précaire à quelques personnes qui s’y sont installées. En fin de parcours, Géraldine Pignon a organisé un débat mouvant autour de trois mises en situation. L’exercice consiste à soumettre une proposition au groupe, puis à demander aux participant·es de prendre physiquement position dans l’espace pour ou contre celle-ci, en argumentant-défendant-changeant leur position (à la fois physique et idéologique). Le débat mouvant permet à tout moment de changer d’avis mais aussi de varier de configuration par rapport à un débat classique où l’on est habituellement assis, voire passif·ve. À Jodoigne, parcours migratoire et difficultés à se loger C’est à Jodoigne que s’est déroulée la dernière marche du vide de cette semaine riche en activités et rencontres diverses. Cette marche du vide a permis à une quinzaine de personnes de découvrir la complexité de la problématique. Juliette Nijimbere de l’ASBL Ibirézi Vy’Uburendi a pu présenter le travail mené par son association, en soulignant les difficultés pour un·e primo-arrivant·e inscrit·e dans un parcours d’intégration de trouver un logement accessible en raison d’une double peine : prix du logement et discriminations… « Une fois que ces personnes qui résident à Fédasil obtiennent leur titre de séjour, elles ont seulement trois mois pour trouver un logement, ce qui est mission impossible la plupart du temps quand on connait les prix du marché et les difficultés de mobilité au sein de la province. Souvent, les personnes doivent quitter le Brabant wallon car le logement y est trop cher. Elles partent bie souvent s’installer dans le Hainaut, qui est plus abordable financièrement, ce qui est pour elles un second (si pas plus) déracinement car elles ont créé des liens là où elles ont vécu pendant plusieurs mois-années ». À Jodoigne comme à Court-Saint-Étienne, quelques élu·es de l’opposition ont exprimé un intérêt pour la question du vide et leur volonté d’interpeller les majorités communales à ce sujet. [1] Le droit au logement est inscrit dans l’article 23 de la Constitution belge (depuis 1993/1994) comme un droit fondamental garantissant la dignité humaine. Il oblige les autorités à assurer un logement décent, accessible et adapté, incluant des normes de sécurité et de salubrité. [2] Plus d’infos sur le RBDL ici : www.rbdl.be [3] Un Community Land Trust, appelé en droit français organisme foncier solidaire, est une personne morale à but non lucratif ayant pour objet de détenir la propriété de terrains sur lesquels des logements sont bâtis. De cette manière, les coûts y demeurent abordables, et inférieurs au prix du marché. [4] Le fonds Generet qui a deux objectifs : préserver le patrimoine et assurer le bien-être ou le bien vieillir.
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